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La co-écriture : quelques réflexions

La co-écriture

La co-écriture est un exercice qui est loin d’être évident. Aucun manuel d’écriture que j’ai lu jusqu’à présent ne mentionne ce type d’écriture, pourtant il existe bel et bien. C’est même le cas pour la majorité des scénarios écrits en France.

On imagine toujours le scénariste qui écrit seul, isolé … Et pour cause, écrire à plusieurs est un exercice périlleux, qui nécessite en amont une certaine organisation, mais aussi un recul suffisant pour accepter les prises de décisions consensuelles.

 

 

Je n’aime pas écrire seul.

 

J’ai toujours besoin d’une ou plusieurs personnes pour me motiver, sentir que je fais partie d’un projet. C’est dans cette dynamique que je suis le plus productif, mais aussi le plus créatif car je me nourris énormément du point du vue des autres, il est donc vraiment rare que je démarre un projet de scénario « from scratch » car je pense sincèrement que plusieurs cerveaux valent mieux qu’un…

Le travail en collaboration peut permettre d’amener une idée à un niveau supérieur, mais peut aussi littéralement détruire une œuvre si les co-auteurs n’arrivent pas à s’entendre. J’en ai fait les fais à plusieurs reprises, en étant frustré par les choix imposés par mon co-auteur ; ou frustrant moi-même mon partenaire par les choix que j’ai pu imposer.

L’idée de cet article est de bien comprendre l’utilité d’écrire à plusieurs mais aussi les limites et obstacles que vous serez susceptible de rencontrer.

Avec l’expérience, je dirais qu’il y a des auteurs pour qui le mode collaboratif est parfaitement adapté et d’autres qui n’en retireront aucun avantage. En comparaison, je dirais que c’est le combats des utilisateurs d’Apple versus Microsoft !

Pour savoir dans quel camp vous situer en ce qui concerne la co-écriture, voilà quelques éléments de réflexion.

 

 

Pourquoi co-écrire ?

 

Vaste question ! Je dirais que l’intérêt premier de la co-écriture est de permettre d’avoir sur l’histoire plusieurs point de vue. Cela permet donc d’enrichir les personnages et l’intrigue, ce qui permet de donner davantage de fond à l’histoire.

Ce mode permet également de se stimuler mutuellement et donc éviter le syndrome de la page blanche.

Co-écrire permet d’expérimenter d’autres méthodes de travail, que l’on aura pas nécessairement adopté en étant tout seul face à son écran. Enfin je dirais que c’est un atout indispensable si vous rejoignez un collectif ou que vous travaillez sur des séries avec de gros diffuseurs où les équipes comptent systématiquement plusieurs scénaristes.

Dans cet article, afin de simplifier les choses, je vais partir du principe que vous co-écrivez à deux dans le cadre d’un projet initié par vous-même, votre co-auteur ou tous les deux réunis. J’écrirai probablement un autre article sur l’organisation dans le cadre d’un projet comptant plus de deux auteurs, avec des contraintes budgétaires et de diffusion.

Dans un projet collaboratif, le point de départ crucial pour réussir est de bien s’entourer…

 

 

Bien choisir son co-auteur

 

La mise en place du duo d’auteur est donc essentielle !

La plupart du temps, nous allons choisir une personne avec qui l’on a de l’affinité en partant du principe qu’elle possède une vision identique à la notre et que, par conséquent, ça va coller…

Cependant, en collaborant avec une personne qui nous ressemble, la répartition des rôles risque d’être moins évidente : il est probable que vous vouliez tout faire ensemble, ce qui peut entraîner des frictions.

Privilégiez donc le choix d’un co-auteur en fonction de ses compétences d’écritures, qui seront, si possible, différente des vôtre. Cela permettra d’enrichir votre spectre de compétences.

Vous allez peut-être tomber sur un auteur avec un caractère différent du vôtre, mais en vous centrant sur ses compétences, vous servirez d’avantage les projets.

Idéalement, je recommande aussi de choisir un co-auteur, avec lequel vous avez déjà pratiqué des petits exercices d’écriture en binôme avant de vous lancer dans projet plus conséquent. Commencez par voir si votre duo fonctionne en écrivant un court-métrage avant de vous lancer dans le développement d’une série 6×52′.

Cela permet d’avoir instauré préalablement des habitudes de travail et de réduire les chances d’un clash en cas de désaccord.

Enfin je vous recommande de travailler avec une personnes qui sera à l’écoute, capable de se remettre en question et qui ne sera pas arrêtée sur ses idées. Une fois ce choix réalisé, il sera nécessaire de définir une répartition du travail rigoureuse.

 

 

Se répartir le travail

 

Bien découper le processus de co-écriture est un des points clés de la réussite. Cela permet d’attribuer un ou plusieurs rôle à chacun et ne pas se marcher sur les pieds.

 

Qui doit trancher ?

Pour chaque rôle si possible, définir un décisionnaire qui tranche en cas de désaccord, par exemple, l’auteur A tranchera sur les dialogues, tandis que l’auteur B tranchera sur la structure.

En m’appuyant sur mon expérience, je n’ai jamais trouvé d’auteur avec lesquels nous avons été en parfait accord sur chaque décision prise. Il y a des fois où il a fallu trancher, et il très important de définir préalablement qui aura le dernier mot pour éviter de générer toute forme de frustration.

Je pense aussi que ce n’est pas toujours le même qui doit trancher sur tout, sinon l’un des deux se sentira frustré.

 

Trancher, d’accord, mais il y a la manière.

Si vous êtes l’auteur qui tranche, il est aussi important d’être capable de mettre son ego de côté et d’écouter les conseils que l’on vous prodigue en étant centré sur le projet et non sur soi. Si vous arrivez à être juste dans vos prises de décisions et à valoriser les apports de votre co-auteur, cela donnera au projet un cercle vertueux.

Je vous recommande également de lister préalablement les différents rôles et qui s’en occupe et de les valider avant d’attaquer la mise en route du projet : idée originale, fiches personnages, concept, structure, dialogues… Qui travaille sur quelle séquence ? Qui s’occupe de définir les objectifs et les délais…?

Après, selon votre entente, c’est vous qui jugerez dans quelle mesure ces rôles sont modulables.

 

« Quid de l’idée originale ? »

Une bonne idée originale peut donner de la notoriété future à un projet, ainsi qu’une trame sur laquelle vous vous appuierez pour construire votre histoire. En revanche, si vous ou votre co-auteur arrivez avec un concept très identifié et une idée trop précise du projet, je vous déconseille de partir sur cette idée pour réaliser un travail de co-écriture, car le co-auteur se sentira complètement au service d’une idée que vous avez amené…

Ce cas de figure peut s’avérer intéressant dans la mesure ou vous travaillez avec un prestataire, script-doctor, dialoguiste ou autre, qui va apporter son savoir-faire tout en vous laissant 100% maître du projet. Ou si vous-même voulez vous concentrer sur un aspect particulier de l’écriture, tout en ne ressentant pas le besoin d’infléchir fortement les autres facettes du projet.

 

Restons sur nos gardes…

Malgré la mise en œuvre d’un tel protocole, vous n’êtes pas à l’abri d’un clash. Le clash est tout à fait normal dans ce processus, il est donc important de s’en prémunir. Vous entrez alors dans une autre phase du travail de co-écriture, qui, selon moi fait entièrement partie du processus : être capable de désamorcer les tensions…

 

 

Comment désamorcer les tensions ?

 

Il faut savoir que les tensions et frustrations émanent de non-dits. Je vous recommande de vous parler régulièrement et d’être à l’écoute de l’état émotionnel de votre co-auteur.

N’hésitez pas à organiser des réunions régulières pour échanger sur la manière dont chacun appréhende le projet. Si c’est vous qui êtes frustré, il est important de formuler votre état, dans le cadre de ses réunions, on essayant d’être le plus factuel possible.

Auteur A : « Lorsque tu as décidé de prendre en charge les dialogues, je me suis senti frustré car j’apprécie particulièrement d’écrire les dialogues. » 

En communication, on appelle cela un message « je » : au lieu de formuler un reproche à l’interlocuteur, je parle de mon ressenti.

L’objectif est ensuite de trouver un consensus pour essayer de travailler en harmonie.

Auteur B : « Si je comprends, tu as eu le sentiment d’être dépossédé des dialogues. De mon côté, je me sens plus à l’aise lorsque j’écris seul les dialogues … »

Pour amener vers une proposition de solution consensuelle :

Auteur A : « Serait-il envisageable de travailler chacun de son côté sur un personnage ? Sur une séquence ?  Et s’harmoniser ensuite ? »

Ce travaille d’écoute active, de reformulation, et le fait de formuler son besoin est indispensable pour trouver une certaines sérénité de travail.

 

 

En conclusion

 

Mettre en œuvre ces méthodes dans un processus de co-écriture n’est pas évident, car cela requiert un travail en amont moins « artistique ».

Néanmoins, bien instaurées, elles permettront à chacun des membres du couple de scénaristes de progresser en se nourrissant de l’approche d’un autre auteur !

N’hésitez pas à nous faire part de vos retour d’expérience en co-écriture dans les commentaires !

 

 

 

Jean-Patrick Mulon

Scénariste – Réalisateur

Membre du collectif Les Dispersés — antenne versaillaise

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